Les années Planète

Jacques Mousseau a été le rédacteur en chef de la revue Planète, une revue qui a compté 41 numéros entre octobre 1961 et août 1968, fondée par l’homme de lettres Louis Pauwels, accompagné de Jacques Bergier – scribe des miracles, lecteur insatiable et amateur d’insolite – , François Richaudeau, qui animait à la fois un club de livre à Paris et un imprimerie à Lille, et un graphiste imaginatif, Pierre Chapelot. Cinquante ans plus tard, près avoir découvert « par hasard » la revue Orbs, « l’autre planète », Jacques Mousseau nous a offert ce texte, un grand document qui retrace l’aventure de sa revue, désormais culte.
par Jacques Mousseau

Au début des années 60, un livre a engendré par son immense succès une entreprise d’édition avec des revues, des collections, des manifestations culturelles. Jacques Bergier et Louis Pauwels avaient consacré six années à écrire Le Matin des magiciens, six années de week-ends laborieux et joyeux : l’un livrant ce que ses lectures, les bibliothèques, sa mémoire lui avaient révélé pendant la semaine, puis classant et argumentant ; l’autre interrogeant, inventoriant et rédigeant dans un style aiguisé. Le livre parut en octobre 1959 dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard et devint en quelques semaines un formidable phénomène éditorial. Parce qu’il donnait à rêver en même temps qu’à penser, parce qu’il en appelait à la curiosité, à l’ouverture d’esprit, à l’imagination en même temps qu’à l’appétit de savoir. Il fut rapidement autant critiqué que loué car il pratiquait un mélange des genres qui choquait à l’époque, rapprochant la science et la poésie, la connaissance et le mystère, le certain et le possible. Le livre brisait des tabous et fut pour cela au centre de vives polémiques qui crispèrent les mandarins de l’université et attirèrent un immense public.

Planète, sans l’avoir cherché, était devenue rapidement, bien plus qu’une revue, un mouvement intellectuel et artistique.

Jacques Mousseau

Les auteurs estimèrent qu’ils avaient des responsabilités à l’égard des dizaines de milliers de lecteurs, puis bientôt des centaines de milliers, qui avaient trouvé dans Le Matin des magiciens quelque chose – des questions ? des informations ? des échappées ? des audaces ? un style ? – qu’ils n’avaient auparavant rencontré nulle part ailleurs. Ce public avait soif. Pouvait-on, après avoir calmé sa soif, couper la source ? Ou fallait-il au contraire montrer que la source entrevue était cachée, sans doute, mais quelle était riche, qu’elle était intarissable.

La revue Planète est née en octobre 1961, deux ans après la parution du livre, pour répondre aux exigences de ce qui était devenu « un phénomène de société ». Le premier numéro fut tiré, modestement et prudemment, à sept mille exemplaires et réimprimé huit fois. Dès le numéro 2 de Planète, il était devenu un objet rare recherché par les collectionneurs. En ce temps-là, l’édition ignorait les études de marché…

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