Nous sommes tous Neandertal

Longtemps classé par les paléontologues comme une sous-espèce de l’Homo sapiens puis comme une espèce indépendante, et considéré comme un ancêtre simiesque, laid, frustre et attardé dans l’imagerie populaire, l’homme de Neandertal semble retrouver ses lettres de noblesse : les scientifiques ont découvert que 20 % des gènes de ce vieux cousin survivent en nous et qu’il était d’une grande richesse culturelle.
par Patrice Hernu

Nous en avons maintenant la certitude: Neandertal et Sapiens ont cohabité en Europe, et ont connu de deux à cinq millénaires de vie commune. Ce constat est l’aboutissement de six ans d’investigation menées par une cinquantaine de chercheurs et de paléoanthropologues sur une quarantaine de sites archéologiques disséminés sur toute l’Europe. Cette « mosaïque de populations » a duré « un temps amplement suffisant pour la transmission de comportements culturels et symboliques, et de possibles échanges génétiques entre les deux groupes», rappellent les auteurs de cette étude parue à la fin de l’été 2014. Ces croisements sont par ailleurs, en effet, largement avérés.

Neandertal est encore en nous. Il a façonné certains de nos mythes sans que nous le sachions.

Patrice Hernu

Plus on étudie les génomes de l’homme du Neandertal et du Denisova, la variante asiatique du Neandertal, et plus ils se rapprochent des descendants des Sapiens sortis d’Afrique entre 70 000 ans av. J-C et environ 40 000 ans av. J-C. Considéré jusqu’ici comme un cousin un peu frustre, qui se serait différencié de la lignée sapiens 400 000 ans plus tôt en Eurasie, ces révélations conduisent les scientifiques, peu à peu, à le réhabiliter. En effet, ces dernières années, nous avons appris que Neandertal enterrait ses morts, prenait soin des plus âgés et des infirmes, se parait de pigments rouges et noirs, et de bijoux faits de coquillages et de plumes. Nous savons aussi que son cerveau était 250 à 350 grammes plus lourd que le nôtre. Mais comment et quand s’est-il éteint ? On commence seulement à le comprendre…

Auteur

Docteur en mathématiques et en économie appliquée, Patrice Hernu est administrateur honoraire de l’Insee et conseiller INHESJ (Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice) sous l’autorité du Premier ministre pour les risques environnementaux. Professeur en économie et en développement durable au sein de l’université Paris- Dauphine, il a participé à la fondation de Génération écologie, puis à la rédaction de nombreux programmes écologiques. Franc-maçon et cofondateur du CIU (Cercle interuniversitaire), Patrice Hernu milite pour une spiritualité ouverte, une rénovation profonde des sociétés initiatiques et un humanisme moderne qui tienne un plus grand compte des nouveaux acquis de la science et un effort de vérité historique sur les sources de notre civilisation.

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